Geisterthema - Ivan P. Matthieu-3306

Création 2013 – ReCréation 2018

« GEISTERTHEMA – Un corps à corps acharné avec le piano »

au PRINTEMPS CAROUGEOIS – le 21 avril à 20h – Halles de la Fonderie – Carouge

Une coproduction VelvetBlues et la Ville de Carouge, avec le soutien d’Action Intermittents

Programme en ligne et réservations: http://www.printemps-carougeois.ch/spectacles/geisterthema

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Melissa Cascarino est seule sur scène, mais ce n’est pas un solo. Ce corps à corps charnel et obstiné avec le piano est un duo en huit-clos. Dans le duel, le combat, la fusion, l’arrachement, l’osmose, la passion, le doute, l’abandon, le piano est tour à tour l’acolyte, l’adversaire, l’alter ego, le dominant et le dominé, mais le partenaire de toujours et pour toujours.

La relation qui se déploie est une relation de dépendance, d’addiction, d’obsession, un huit-clos entre le corps pianiste et le corps du piano. Il s’agit ici de relater la dimension obsessionnelle, répétitive, parfois aliénante et en souffrance de cette relation inaltérable.
La démarche artistique est celle de donner à voir, à sentir, à éprouver le corps du musicien dans la physicalité de sa pratique, la sensorialité et sensualité de sa recherche musicale. Il s’agit de donner à percevoir l’aliénation de son corps et de son esprit à la gestualité pianistique et aux œuvres qu’inlassablement ils rejouent. Il s’agit encore de donner à entendre la recherche musicale, le doute, la beauté et la plasticité d’un son et non un résultat ou l’interprétation d’une œuvre. Le spectateur ne peut à aucun moment s’installer dans la posture confortable de l’auditeur qui assiste à un récital de piano, ce n’est pas le sujet de la pièce.

Tant dans le travail chorégraphique que musical, Melissa Cascarino a cherché les contre-champs et les hors-champs du pianiste interprétant ses œuvres. Elle a cherché à extraire les états de corps, les gisements sensoriels les plus profonds et intimes, les différents niveaux de conscience. Le procédé est celui de la mise en abîme continue et immerger, voir submerger le spectateur, le prendre dans ce huit-clos et le plonger dans ce corps et ce cerveau qui ne connaissent ni le repos, ni le silence. On pense écouter de la musique, mais c’est le corps du pianiste qui prend le dessus, puis sa recherche, sa souffrance, sa mémoire, ses souvenirs, ses angoisses, puis l’âme du piano lui-même. On assiste au travail en train de se faire, comme si on découvrait toute l’activité mentale et physique du musicien, son inconscient, sans presque jamais assister au fruit de cette recherche. C’est en quelque sorte l’envers du concert.
Un autre parti-pris artistique est celui de la présence quasi continue d’une musique électroacoustique créée par Paul Clouvel dont certains éléments sont des sons de piano. Elle confère au piano une animalité mystérieuse et intrigante. Le piano laisse échapper un râle continu, il respire, crie, sussure… Le piano ne se tait jamais, comme s’il menait sa vie propre, indépendamment du pianiste qui le joue, comme s’il était la mémoire de tous les sons, de toutes les œuvres jouées sur lui, par lui, avec lui…

Cette création sonore qui se confond aux sons du piano live sur scène, est ce que pourrait entendre un cerveau au bord de la folie, comme Robert Schumann et tant d’autres compositeurs et musiciens qui, dans la dernière partie de leur vie, étaient dans ces états exaltés, extrêmes, obsessionnels, en souffrance, avec une musique indéfectiblement présente dans le corps et l’esprit.
« Geister Thema », ou « thème dicté par les esprits », est l’ultime thème composé par Robert Schumann avant de se jeter dans le Rhin et de mourir cinq mois plus tard interné dans un asile. Dans la création, ce thème de fin de vie, aux allures simplistes d’un thème de jeunesse, est une attache, un refrain fantomatique, obsessionnel, comme Schumann entendait la note LA en continu dans sa tête. On peut dire que ce thème est à la fois un point d’origine et d’arrivée, symbole d’une ambivalence constitutive d’un corps en perpétuel et total mouvement musical interne.

GEISTERTHEMA est l’histoire d’un corps à corps passionnel et acharné de plus de trente ans avec le piano et les grandes œuvres du répertoire classique. Cette création propose d’extraire de cette relation fusionnelle à l’instrument, les dynamiques érotiques et morbides, les différents corps à corps à l’œuvre et leur caractère pulsionnel. Le travail chorégraphique et musical a pour objet ici de parvenir à créer un flux intensif et haletant.
Dans un foisonnement de musiques pianistiques citées, tronquées, inachevées et triturées, danses en résonance et vibrations, le corps se remémore obstinément, parfois jusqu’à la transe, il recherche inlassablement et réitère. Ce sont deux animaux en proie l’un à l’autre, c’est la tension entre les deux corps et l’espace qui ne peut les séparer qui se tracent, le souffle haletant et le corps pris entre maîtrise et perte de contrôle, aux confins de la raison.

CHOREGRAPHIE – DANSE ET PIANO – improvisation et composition | Melissa Cascarino
CREATION MUSICALE ELECTROACOUSTIQUE | Paul Clouvel – Elektramusic
CREATION LUMIERE | Jean-Marc Tinguely
CREATION costume | Toni Teixeira
CITATIONS AU PIANO | Bach, Schumann, Brahms, Chopin, Liszt, Debussy, Rachmaninov, Scriabine
EXTRAIT MUSICAL | « a saucerful of secrets» de Pink Floyd

Captation vidéo | Alexis Jacquand

 

Photos

| Ivan P.Matthieu

 

  https://vimeo.com/268378618